« Les Chants de Maldoror », de Lautréamont 

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Chant premier, strophe 1

Écoute bien ce que je te dis: dirige tes talons en arrière et non en avant, comme les yeux d’un fils qui se détourne respectueusement de la contemplation auguste de la face maternelle, ou, plutôt, comme un angle à perte de vue de grues frileuses méditant beaucoup, qui, pendant l’hiver, vole puissamment à travers le silence, toutes voiles tendues, vers un point déterminé de l’horizon, d’où tout à coup part un vent étrange et fort, précurseur de la tempête.

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Chant premier, strophe 5

En voyant ces spectacles, j’ai voulu rire comme les autres; mais, cela, étrange imitation, était impossible. J’ai pris un canif dont la lame avait un tranchant acéré, et me suis fendu les chairs aux endroits où se réunissent les lèvres. Un instant je crus mon but atteint. Je regardai dans un miroir cette bouche meurtrie par ma propre volonté!  C’était une erreur!  Le sang qui coulait avec abondance des deux blessures empêchait d’ailleurs de distinguer si c’était la vraiment le rire des autres.

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Chant premier, strophe 6

On doit laisser pousser ses ongles pendant quinze jours. Oh! comme il est doux d’arracher brutalement de son lit un enfant qui n’a rien encore sur la lèvre supérieure, et, avec les yeux très ouverts, de faire semblant de passer suavement la main sur son front, en inclinant en arrière ses beaux cheveux! Puis, tout à coup, au moment où il s’y attend le moins, d’enfoncer les ongles longs dans sa poitrine molle, de façon qu’il ne meure pas; car, s’il mourait, on n’aurait pas plus tard l’aspect de ses misères.  Ensuite, on boit le sang en léchant les blessures; et, pendant ce temps, qui devrait durer autant que l’éternité dure, l’enfant pleure. Rien n’est si bon que son sang, extrait comme je viens de le dire, et tout chaud encore, si ce ne sont ses larmes, amères comme le sel.

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Chant premier, strophe 7

J’ai fait un pacte avec la prostitution afin de semer le désordre dans les familles.  Je me rappelle la nuit qui précéda cette dangereuse liaison.  Je vis devant moi un tombeau. J’entendis un ver luisant, grand comme une maison, qui me dit: «Je vais t’éclairer. Lis l’inscription. Ce n’est pas de moi que vient cet ordre suprême.» Une vaste lumière couleur de sang, à l’aspect de laquelle mes mâchoires claquèrent et mes bras tombèrent inertes, se répandit dans les airs jusqu’à l’horizon.  Je m’appuyai contre une muraille en ruine, car j’allais tomber, et je lus: «Ci-gît un adolescent qui mourut poitrinaire: vous savez pourquoi.  Ne priez pas pour lui,» Beaucoup d’hommes n’auraient peut-être pas eu autant de courage que moi. Pendant ce temps, une belle femme nue vint se coucher à mes pieds.  Moi, à elle, avec une figure triste: «Tu peux te relever.» Je lui tendis la main avec laquelle le fratricide égorge sa soeur.  Le ver luisant, à moi: «Toi, prends une pierre et tue-la. – Pourquoi? lui dis-je. » Lui, à moi: «Prends garde à toi, le plus faible, parce que je suis le plus fort. Celle-ci s’appelle Prostitution.»

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Chant premier, strophe 8

Au clair de la lune, près de la mer, dans les endroits isolés de la campagne, l’on voit, plongé dans d’amères réflexions, toutes les choses revêtir des formes jaunes, indécises, fantastiques.  L’ombre des arbres, tantôt vite, tantôt lentement, court, vient, revient, par diverses formes, em s’aplatissant, en se collant contre la terre […] Alors, les chiens, rendus furieux, brisent leurs chaines, s’échappent des fermes lointaines; ils courent dans la campagne, çà et là, en proie à la folie.

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Chant premier, strophe 9

Bruit mélancolique de l’écume qui se fond, pour nous avertir que tout est écume.

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Chant premier, strophe 11

Une famille entoure une lampe posée sur la table:

– Mon fils, donne-moi les ciseaux qui sont placés sur cette chaise.

– Ils n’y sont pas, mère.

– Va les chercher alors dans l’autre chambre.

– Mère, il m’étrangle… Père, secourez-moi… Je ne puis plus respirer… Votre bénédiction! Un cri d’ironie immense s’est élevé dans les airs.

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